Candidate aux élections présidentielles de 2015, Marie Madeleine Dioubaté suit bien l’évolution de l’actualité politique en Guinée depuis la France où elle réside. Dans un entretien accordé à la rédaction de Guinee114.com, elle a abordé les sujets qui font l’actualité notamment le contentieux électoral autour de la mairie de Matoto et la politique agricole du gouvernement actuel.

Interview !

Guinee114.com : Bonjour Madame ! Comment réagissez-vous à l’élection de Mamadouba Toss Camara ?

C’est une élection anti-démocratique. Il y a eu des élections qui ont été faites depuis le mois de février 2018, donc ça fait un an.  On a eu du mal à installer tous les conseils communaux, tous les maires. Et puis maintenant l’opposition gagne parce que la mouvance présidentielle n’a gagné aucune élection dans Conakry, ceci veut dire qu’il y a une défiance de la population vis-à-vis du pouvoir. Comme le parti au pouvoir n’a rien gagné, on a refait l’élection pour arranger le parti au pouvoir.

Je dirais vraiment que c’est une aberration dans un pays qui se dit démocratique, surtout pour un président qui se dit démocratiquement élu, laisser son ministre de l’administration et du territoire permettre de tripatouiller encore des élections, alimenter encore des problèmes dans le pays alors que nous avons  déjà  une fracture qui est là, je trouve que c’est grave, ce sont des incitations à la violence.

Quel regard avez-vous de l’opposition ?

C’est malheureux, c’est triste à dire mais l’opposition guinéenne regarde d’abord ses intérêts, ou regarde des petits calculs à court terme, on ne regarde pas aujourd’hui sur le long terme l’avenir de notre pays. Quand on prend les élections, normalement, les vraies élections traduisent la volonté d’un peuple. Aujourd’hui, les élections qu’on fait, on accompagne le pouvoir en place, c’est tout, pour légitimer un pouvoir.

Pour moi, dès le départ, j’avais dit que je ne participerais pas à des élections locales dans un tel contexte. Nous avons un fichier électoral qui a été complètement tronqué, on le sait depuis 2015. Nous savons comment toutes ces élections sont organisées. Pour moi, participer à ce genre d’élection, c’est juste pour pouvoir permettre de dire que nous sommes dans un pays démocratique. Et pour moi aujourd’hui,  nous ne sommes pas dans un pays démocratique. Pour moi, les gens n’auraient dû participer à ce genre de mascarade, ils auraient dû laisser le pouvoir partir tout seul.

La communauté internationale aurait vu que personne ne veut accompagner un pouvoir autoritaire. Je suis dépitée de voir que l’opposition joue le jeu du pouvoir en place, en sachant que le pouvoir en place à la fin a toujours le dernier mot, depuis 2010 c’est comme ça. Toutes les élections qu’on a eues, tous les accords qu’ils ont eus, les accords ont été biaisés à la fin. Alors pourquoi continuer à aller s’asseoir avec les gens qui ne respectent après leurs engagements.

Pourquoi aller faire des élections quand on sait qu’après on va avoir des morts ? Pourquoi aller faire des élections quand on sait qu’après si les résultats ne conviennent pas le pouvoir en place, on va encore recommencer ?  Pourquoi ? Laissez-les travailler, s’ils terminent, après ils dégagent.

Sidya, Ousmane Kaba et Kouyaté forment une nouvelle opposition, préfériez-vous celle-là à l’opposition conduite par Dalein ?

Moi je ne préfère rien, parce que la situation de la Guinée est tellement grave que c’est difficile de parler comme ça. Je pense que tous ceux qu’on appelle leaders ou ténors doivent se donner la main aujourd’hui dans un seul but. Aujourd’hui, la population est pauvre, je pense que la population s’en fout un peu de tout ce qu’on lui parle de politique.

Les gens, ce dont ils ont besoin, c’est de savoir, qu’est-ce qu’ils vont manger ? Qu’est-ce qu’ils vont mettre dans leurs assiettes ? Qu’est-ce qu’ils vont avoir comme travail ? Est-ce qu’ils vont avoir un logement ? Est-ce qu’ils vont pouvoir se soigner ? Est-ce que je vais pouvoir scolariser mes enfants ? Les vrais problèmes des Guinéens, c’est ça. Toutes ces autres histoires, ça n’intéresse pas les Guinéens, ce qui intéresse aujourd’hui les Guinée, c’est de sortir de la pauvreté, c’est de dire que je peux vivre dans la dignité, je peux avoir un travail. Les leaders des partis politiques doivent s’atteler tous ensemble à chercher des solutions efficientes justement pour permettre au peuple de Guinée de vivre enfin. Je dis bien de vivre enfin, parce que les Guinéens ne vivent pas.

Etes-vous intéressée par les législatives à venir ?  

Dans le contexte actuel, Monsieur, absolument pas ! Parce que, je peux déjà vous donner le résultat. Donc, ça ne m’intéresse pas, parce que ce sont des élections je dis encore qui sont biaisées. Si on veut gaspiller l’argent des contribuables, parce qu’on gaspille l’argent des contribuables, l’argent il faut bien le trouver quelque part. Donc ce sont eux, les Guinéens, qui financent les élections qui sont en fait une parodie. Ce sont tous les Guinées qui financent cette mascarade. On est dans une République bananière, je n’ai pas peur de le dire aujourd’hui.

Les Guinéens financent ça avec leur argent. Avec la souffrance et la fin, ils n’ont pas des gens qui peuvent répondre à leurs attentes. On ne va pas à des élections forcément pour gagner, on va à des élections pour envoyer sa contribution, pour faire changer les choses, pour faire évoluer des idées, pour faire évoluer la vie des citoyens.

Mais, aujourd’hui en Guinée, on fait de la politique pour gagner de l’argent. Je suis triste de dire ça, mais la majorité aujourd’hui des gens qui font de la politique en Guinée, c’est pour gagner de l’argent. Ils n’ont pas d’empathie pour la population. Moi, je trouve que c’est triste.

C’est triste de dire qu’un pays abrite toutes les richesses que nous avons, et que nous sommes aussi pauvres. De dire qu’aujourd’hui des  enfants meurent en Guinée simplement pour la rougeole par exemple, parce qu’un chef de famille ne peut pas acheter une boite de brustopene ou de paracétamol pour faire un traitement à 80 mille ou à 100 mille francs. Ce sont là, les vrais problèmes de la Guinée.

Si nous avons des élus qui se rapprochent de leur peuple, de leur population, de leurs administrés, qu’ils regardent ensemble, qu’ils travaillent ensemble avec leurs administrés pour savoir quel est le problème en milieu urbain ou en milieu rural.Il faut savoir exactement dans ma commune il n’ y a pas assez de classes…  Comment je réponds au problème de scolarisation des enfants ? Comment je fais pour avoir plus de professeurs ? Comment je fais pour les marchés ? Les marchés sont salles, les marchés sont abandonnés pourtant dans les marchés, il y a des recettes, ils sont salles, abandonnés…

Comment je fais pour trouver de l’argent ? Comment je fais pour  aider ma localité ? Comment je fais pour que dans ma localité, les gens ne vivent pas dans l’insalubrité ? Comment je fais pour que dans ma localité les gens ne vivent pas dans l’insécurité ? Comment je fais pour que dans ma localité l’on puisse répondre aux besoins sociaux des gens qui n’arrivent même pas à manger, ce sont ça les vraies questions monsieur, les questions de développement.

Mais, aujourd’hui je n’entends pas ça, les gens qui se présentent, des maires ou souvent ou des députés, nous avons là-dedans  plein d’analphabètes. Nous avons des analphabètes députés, nous avons des analphabètes  maires parce que simplement dans les partis, on les a coptés. Dites-moi, quelle est la contribution qu’ils peuvent  apporter à leurs administrés ?

Quelle appréciation faites-vous du gouvernement Kassory ?

Je vous l’ai déjà dit, M. Kassory Fofana, en acceptant le poste de Premier ministre, je pense qu’il savait qu’il ne pouvait pas travailler. Je ne connais pas le Premier ministre Kassory, mais je sais que quiconque travaille avec  la gouvernance d’Alpha Condé, ne peut pas travailler. Tout est piloté à la présidence avec un noyau dur.

S’ils voulaient travailler, en 8 ans, ils ont fait des barrages, malheureusement les barrages ne fonctionnent pas, parce que les barrages ont été mal étudiés. Si on a fait Kaléta, il a compté plus que le double du financement qui était prévu, on n’a pas fait de bassin de rétention d’eau. On a l’impression que ce sont des amateurs qui dirigent la Guinée.

On a parlé de l’autosuffisance alimentaire, on dit qu’on distribue des engrais, mais avant de distribuer des engrais, il faut avoir un plan, il faut organiser les filières agricoles. Si nous consommons du riz, la première chose qu’on devait faire, c’est d’abord de cultiver ce que nous mangeons. On est en train de nous dire qu’il nous fait  des machines, qu’il nous fait tout ça.

En Asie, la taille d’une exploitation agricole est de moins d’un demi hectare, les gens n’utilisent pas des tracteurs. Je ne dis pas que je suis contre les machines. Je dis simplement quand vous avez 70% de la population qui vie en milieu rural, si vous dites que chaque paysan pour un hectare doit avoir un tracteur. Quand vous connaissez le prix d’un tracteur, vous allez endetter les paysans et les paysans vont se retrouver demain à rembourser de l’argent et être découragés.

Il y a d’autres solutions, mais comme ça, il faut avoir un plan d’attaque,  si nous mangeons du riz, il faut qu’on sache cultiver du riz, si tout le monde cultive un demi hectare, vous verrez que d’ici un an et demi on aura l’autosuffisance alimentaire.

Si vous avez des gens qui, au départ, sont venus en pensant que c’est dans la bouche qu’on va faire  l’autosuffisance alimentaire et derrière, on ne sait pas qu’il y a plusieurs choses…

Il faut utiliser les cadres et les techniciens du ministère de l’Agriculture, mettre en place un programme de vulgarisation. Quand vous distribuez par exemple des semences parce que c’est ce qui est difficile avant l’engrais, c’est l’accès aux semences. Ce n’est pas l’engrais qui est difficile, ce sont les semences, parce que les engrais, on peut les fabriquer nous-mêmes, tous les jours dans les marchés, il y a des tonnes de déchets.

Moi je peux les donner des idées. Les bananes que les femmes prennent pour  griller, les peaux de ces bananes-là, on peut utiliser ça comme engrais. Quand tous les jours on ramasse, vous avez de l’engrais, on n’a pas besoin d’aller acheter de l’engrais ailleurs. Aujourd’hui, on parle beaucoup d’environnement, on parle de beaucoup de choses, on est en train de venir empoisonner les gens avec des produits chimiques.

On parle d’agriculture biologique, on parle de la terre, le président, je crois qu’il a promis à la cop21 et aujourd’hui on voit des choses différentes. Donc, ce qu’on voit monsieur, on a l’impression que ce sont des gens qui ne travaillent pas.

Moi, je n’ai pas vu en tout cas dans le quotidien des Guinéens que les choses ont changé, je pense que les choses ont empiré, que les Guinéens souffrent aujourd’hui, les Guinéens ont faim.

Entretien réalisé par Alpha Amadou Diallo    

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