Interview exclusive-Persécuté pour ses prières en N’Ko, l’imam Nanfo fait un déballage et justifie “sa religion”

Interview exclusive-Persécuté pour ses prières en N'Ko, l'imam Nanfo fait un déballage et justifie
Ismael Nanfo Diaby, promoteur de la prière musulmane en langues nationales

Guinée-Persécuté, le controversé imam qui fait parler de lui à Kankan pour ses prières en langue N’Ko, a des disciples qui lui restent fidèles. Ismael Nanfo Diaby ne manque pas d’arguments pour expliquer pourquoi il fait la promotion de la prière dans nos langues que nous comprenions. Lui qui a été «interdit de parler au nom de l’islam» par la plus haute autorité religieuse et interdit de faire prier des fidèles en publics, a vu sa mosquée détruite. En recevant un journaliste de Guinee114.Com à son domicile à Kankan ce vendredi, 31 juillet 2020, jour de fête de tabaski, Nanfo Ismaél Diaby, nous a ouvert son cœur pour parler de tout.

Lisez !

Guinee114.com : les musulmans célèbrent la fête de Tabaski. Comment appréciez-vous son déroulement  ici à Kankan ?

Ismael Nanfo Diaby : elle se passe bien, parce qu’elle démontre la solidarité entre les musulmans. C’est à cette occasion que les fidèles se pardonnent, se saluent et c’est une tradition du prophète (Mohamad PSL Ndlr). Le prophète a déclaré que Dieu nous a donné deux grandes fêtes. Il s’agit de la fête de Ramadan et celle de Tabaski. Et, la fête de Tabaski est plus grande que la première. Ce qui est préoccupant et qui me désole autour de la célébration de cette fête, c’est le fait que dans les mosquées et autres lieux de prières, les prières doivent se faire dans nos langues maternelles pour que les fidèles comprennent qu’aujourd’hui c’est un jour d’adoration, un jour de reconnaissance envers Dieu. Mais tout ça se dit en arabe. Ceux-là qui le disent ne comprennent pas arabe, ils ne savent pas ce qu’ils disent.

Vous alors, où avez-vous fait votre prière ? 

Chez moi ici, à la maison. Comme vous le savez, le secrétaire général aux Affaires Religieuses m’a interdit de parler au nom de l’islam. Par crainte d’aller se confronter à d’autres dans les lieux de prières, je suis resté chez moi et j’ai prié ici.

Comment trouvez-vous cette décision vous interdisant de «parler au nom de l’islam » ? 

Moi je vois ça comme un abus et une ignorance des principes. Pour moi, l’autorité qui gère toutes les religions, doit rester un garant pour toutes les religions. Mais interdire l’une au profit d’une autre, je ne savais pas que cela était conforme au principe de laïcité de notre pays. C’est une décision avec laquelle  je ne suis pas d’accord.  Il y en a qui nous disent que la Guinée est un pays laïc mais la religion musulmane n’est pas laïque. La religion, c’est quelque chose qu’on a en commun. Dès que deux personnes ne pratiquent plus la religion de la même manière, c’est que vous n’êtes plus de la même religion. L’islam que nous voyons ici, il y a les wahhabites, les Tidjanistes, les sunnites et les chiites. Ceux qui les pratiquent sont tous des musulmans mais chacun pratique la religion différemment. Maintenant, si vous dites qu’il faut forcement prier en arabe et nous nous disons qu’on peut prier dans toutes les langues, c’est que nous ne sommes plus ensemble, nos chemins ont pris des directions différentes.

Autrement, c’est que nous ne sommes plus dans la même religion. Aucune de ces deux pratiques ne doit être interdite au profit de l’autre.  C’est un abus. Mais nous avons constitué un avocat, Me Salifou Béavogui, qui suit la procédure.

Depuis que vous avez porté plainte, qu’est-ce qui s’est passé ? Est-ce que ceux qui ont détruit votre mosquée sont arrêtés ? 

Des dispositions ont été prises. Des gens doivent être interpellés s’il plait à Dieu. Le commandant nous dit de l’attendre, à partir du moment où il a reçu la plainte, ils seront tous recherché après la fête et interpellés parce qu’ils avaient été filmés.

Mais que cherchez-vous dans cette procédure judiciaire ? 

Je veux simplement qu’on prouve que nous sommes dans un pays où il y a la loi. Je veux savoir si nous sommes abandonnés comme ça ou si nous sommes régis par la loi. Moi je n’ai vu dans aucun pays, dans aucune loi, que quelqu’un peut quitter chez soi et aller casser la maison de son semblable, détruire les biens de son semblable.

Nous avons entendu le grand imam de Conakry, Mamadou Saliou Camara, dire que vous devez être attaché et jeté en prison, que le lieu où vous officiez la prière dans une langue outre que l’arabe, doit être détruite. Comment avez-vous accueilli ces propos ? 

J’ai été très surpris, je ne m’attendais pas à une telle réaction de la part du grand imam du pays, Mamadou Saliou Camara. Je ne pouvais jamais imaginer que cela viendrait de lui, parce que j’ai beaucoup confiance en lui et je sais qu’il est pour tout le monde. Nous savons que c’est quelqu’un qui défend tout le monde, même celui qui n’est pas musulman. Dire que la destruction de cette mosquée est une bonne chose, que je mérite d’être attaché et jeté en prison, cela m’a beaucoup surpris. Mais nous le comprenons, parce que l’être humain, qui qu’il soit, n’est jamais parfait.  Chacun a toujours un défaut quelque part. Nous nous comprenons ça comme l’œuvre de ceytane. En tout cas, nous le pardonnons et lui demandons de nous pardonner aussi. Qu’il sache que tous, nous œuvrons pour la quiétude pour ce pays et la promotion de la religion.

Que demanderiez-vous au président de la République ? 

Je demanderais à la première autorité de la Guinée, le président Alpha Condé, qu’il veille à l’application de la loi. Quand il apprend quelque chose qui viole la loi, nous lui demandons qu’il se prononce. Parce que nous sommes vraiment victimes d’un abus en Guinée. Les chefs se sont coalisés pour nous combattre. C’est son préfet qui a été le premier à m’emprisonner. Tout le monde est témoin. Le gouverneur est allé me libérer sans me donner les motifs. Puis, il a dit que je peux prier dans ma mosquée mais je ne dois pas faire la promotion de ma religion, je ne dois pas faire prier les gens. Le gouverneur a aussi dit que si nous voulons prier en maninka, il faudra d’abord que les députés votent une loi autorisant cela. C’est ma première fois d’entendre des choses comme ça, dire que les députés doivent voter une loi pour dire comment prier. Nous demandons au président Alpha Condé de mettre les gens sur le chemin de la loi, qu’il leur dise la vérité.

Quel message ? 

Prier dans nos langues maternelles, ce n’est pas parce que nous détestons la langue arabe. Nous l’avons fait pour propager davantage l’islam et la rendre accessible à tous. Pour lutter contre l’ethnocentrisme et le racisme, il faut faire la promotion de toutes les langues. Mais si on discrimine certaines langues au profit d’autres, dire qu’on ne prie que dans une seule langue, c’est ce qui entraine le racisme plus que si on laissait chacun prier dans a langue. Regardez la télévision nationale, l’émission Kibaro passe dans différentes langues nationales. C’est pour que tous les guinéens se sentent guinéens. C’est comme ça avec l’islam. Dire qu’on ne prie pas en maninka ou en poular, c’est dire que Dieu ne comprend pas ces langues, qu’il ne comprend que l’arabe.

Alors que Dieu comprend toutes les langues. Le prophète aussi n’a pas dit de prier en Arabe. Il a dit de prier comme on l’a vu prier. Et, c’est dans la langue qu’il maîtrisait qu’il priait, sa langue. Si le prophète avait prié en hébreu, nous aurions tous prié en hébreu parce que dans ces conditions il n’aurait pas prié dans sa langue. S’il dit priez comme je le fait alors qu’il a prié dans sa langue, nous autres aussi devons prier dans nos différentes langues ou bien dans une autre langue ? C’est très simple, mais les gens veulent compliquer. Si le faire dans une autre langue gâtait la prière, Dieu et le prophète ne seraient pas tus dessus, ils l’auraient indiqué. Que les guinéens comprennent que l’Islam c’est pour tous.

Interview réalisée par Thierno Amadou M’Bonet Camara (Rescapé N°4)

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