Pas pour lui ni pour l’autre, anéantir le démon pour la République

Pas pour lui ni pour l'autre, anéantir le démon pour la République

Si les Guinéens ont gagné pour la première fois le pari d’organiser des élections considérées comme démocratiques en 2010, ils se retrouvent 10 ans plus tard face à un vieux démon qu’il faut réussir à anéantir. Face au pouvoir à vie, qui a resurgi avec une peau jaune, la Guinée a l’obligation de pouvoir imposer le respect du principe de limitation des mandats présidentiels.

Alpha Condé est le chef de l’Etat jusqu’en octobre 2020. Ne pas s’inscrire dans cette logique serait, dans une certaine mesure, se mettre en contradiction avec la conduite souhaitée en démocratie. Dans une certaine mesure bien sûr parce qu’on peut quand même avoir un débat légitime sur des aspects de légalité de son mandat en cours, lui qui avait juré de respecter la constitution et de la faire respecter. Cette constitution de mai 2010, peut être vue comme un simple torchon au regard de l’usage que le chef de l’Etat en a fait. Jamais la Haute cour de justice qu’elle prévoyait n’a été mise en place. Sans compter les nombreuses violations de certains de ses articles avant même la mascarade du 22 mars ayant conduit à l’adoption d’une nouvelle constitution dans le sang. Malgré tout ça, dans le contexte guinéen, Alpha Condé reste le président jusqu’en octobre. Quelqu’un qui parle comme ça, défend les principes, défend des valeurs exigées en démocratie.

Donner l’impression qu’un groupe de guinéens peut diriger ce pays avec efficacité et justice sans prendre en compte les avis de la fraction importante de la population guinéenne que représentent l’UFDG, l’UFR, le PEDN, le BL et le PADES, c’est une utopie. Là aussi, c’est une question de principe, de valeur.

Partant de la supposition qu’on a tous souscrit à la démocratie, on peut imaginer qu’on est tous d’accord qu’il est incongrus de pouvoir soutenir qu’un homme, qui qu’il soit, afin qu’il puisse s’offrir les conditions de rester éternellement président. Combien sont déjà morts ? Combien sont privés de liberté ? Combien sont dépossédés de leurs biens ? Combien de familles à Ratoma, ont perdu plus d’un membre ? Cela ne peut être admissible qu’à la seule condition de proclamer d’abord qu’on est dans un royaume. Mais on ne peut pas être en République, prétendre être républicain et démocrate en acceptant pareil comportement.  Accepter qu’un d’entre nous réussisse à camoufler une royauté dans une République dans le seul but égoïste d’en tirer profit pour lui et pour quelques-uns autour de lui, ne donne pas une bonne image à la Guinée.

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Que le président Alpha Condé ait l’ambition ou même l’obsession de mourir au pouvoir comme Sékou Touré et Lansana Conté, c’est une triste chose qui peut choquer notamment ceux qui l’avaient connu et aimé avant son accession au pouvoir. Mais ce qui est plus dramatique, c’est d’arriver à la conclusion que les 12 millions de guinéens, avec autant d’élites, semblent le laisser parvenir à cette fin.

La Guinée qui a défendu le principe d’indépendance en 1958 pour retrouver sa dignité, qui a envoyé ses fils pour libérer des pays voisins,  est le même pays qui, pour son attachement à des valeurs, a accueilli et donné son passeport à Miriam Makéba, s’est rendu utile à la lutte contre l’apartheid. Cette Guinée existerait-elle toujours ? S’opposer à un troisième mandat n’est être contre Alpha Condé ni être pour Cellou Dalein Diallo. C’est de défendre une valeur et trancher la gorge  du démon du pouvoir à vie comme l’ont réussi les Ghanéens.

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Thierno Amadou M’Bonet Camara (Rescapé N°4)

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