Passera, passera pas: immersion dans le calvaire des chauffeurs aux barrages KK (Coyah) et Tanéné (Dubréka) 

Au lendemain de l’annonce du renforcement des mesures de riposte contre le Covid-19 par le président de la République, notamment la limitation du déplacement des personnes de Conakry vers l’intérieur du pays, une journaliste de Guinee114.com est allée sur le terrain pour constater de visu ce qui s’y passe. Sur les nationales Conakry-Kindia et  Conakry-Boké, au niveau des barrages érigés, le constat montre incompréhension et calvaire des usagers.

Au premier barrage érigé à la sortie de Coyah, une équipe mixte de gendarmes, policiers et de douaniers est sur place veille aux grains. La voie pour l’entrée est barricadée, les véhicules qui entrent et ceux qui sortent  utilisent la deuxième voie autrefois réservée aux sortants. Un moyen pour les hommes en tenue pour pouvoir mener à bien le contrôle. Il s’y trouve également des chauffeurs épuisés et agoissés. L’un y a passé quatre jours mais attend toujours de pouvoir traverser pour rejoindre la ville de Mamou, sa destination.

Un autre a fait trois jours ici et tente de se rendre à Bamako. Lorsque ces chauffeurs ont su que nous sommes des journalistes, ils se sont précipités vers nous pour lancer leur cri de cœur. Selon un chauffeur qui a gardé l’anonymat, “cette décision de restriction des voyages n’a été prise que contre les chauffeurs de transport ayant une plaque noire”. Sinon, poursuit- il, d’autres conducteurs viennent avec des bagages et traversent passe le barrage, au vu et au su des services de sécurité qui leur libère la voie.

«Les services de sécurité m’ont bloqué alors que je n’ai aucun passager à bord. Je suis seul dans le véhicule. Je n’ai que des bagages. Ces bagages-là je les ai pris pour ne pas rouler vide. Je cherche  à rentrer chez moi à Mamou pour pouvoir rester avec ma famille jusqu’à ce qu’on libère la route. Cette décision, je ne la comprends pas du tout. On me bloque ici alors que depuis mon arrivée, je vois des taxis remplis de bagages comme moi qui passent. Je ne comprends rien dans cette affaire. Tout ça c’est parce que j’ai une plaque noire et on sait que nous sommes des transporteurs», a-t-il dénoncé.

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Mamady Keïta est malien. Il roule entre Conakry et Bamako. Comme le premier, Mamady a passé plus de trois jours au même barrage. À son tour, il explique avec désolation sa situation. «On a dit que les personnes ne voyagent pas mais qu’on peut transporter les bagages. On a pris les bagages, on est venu jusqu’ici et on nous dit que ça ne passe pas, qu’il n’y a pas de route. Nous on n’apprécie pas cette décision, parce qu’on ne gagne même plus à manger et les choses se compliquent davantage», a t-il confié. «Nous voulons dire au président, s’il peut nous aider, même si les personnes ne sortent pas, mais qu’on puisse transporter les bagages au moins», a-t-il rajouté.

Mamady Keïta, conducteur malien bloqué entre Coyah et Kindia

Au barrage KK, c’est la même situation. Une équipe mixte est sur place. Seuls les gros camions et des minibus transportant des denrées alimentaires périssables sont permis de traverser le barrage. Les pneus des véhicules dont les chauffeurs ne libèrent pas la chaussée sont  dégonflés. Là, les agents font retourner même des motards.

Sans aucun kit d’hygiène encore moins un masque de protection, les services de sécurité (policiers, gendarmes, douaniers et militaires) sont sur le front pour exiger le respect des décisions prises. Autant dire qu’ils  sont eux-mêmes exposés à la pandémie.

A quelques kilomètres de là, se trouve un autre barrage à Samayakhori, c’est le dernier sur la nationale Conakry-Kindia. Là aussi, c’est le même scénario. A quelques mètres de ce barrage, se trouvent des chauffeurs venus des différentes localités de l’intérieur du pays, à l’attente des passagers qui pourraient franchir les différents barrages grâce aux motards. Dès l’arrivée, ce sont eux qui accueillent les gens en demandant leur destination.

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A Dubréka, du km5 au premier pont en allant à  Tanéné, deux barrages sont érigés. Des militaires et des gardes communaux avec à leur tête le coordinateur des barrages, tentent de faire respecter la mesure. Avec les moyens de bords, sans aucune protection, Colonel Kaba et ses hommes font retourner tout véhicule soupçonné être à la recherche de passagers.

Seul le passage des camions est permis. Des petites voitures qui contournent les barrages sont traquées dans la brousse. Une équipe de militaires chargée de traquer les forces de l’ordre qui tenteraient d’influencer  les agents et braver la décision est sur place. Elle est chargée de faire revenir ces camarades d’armes à la raison. Selon des informations recueillies sur place, certains hommes en uniforme qui ont joué à ce jeu seraient en prison.

Au moment où nous quittions les lieux ce mardi aux environs de 18 heures, Colonel Kaba et ses hommes avaient installé un barrage au niveau du pont sur la Soumba, aucun petit véhicule n’était permis de passer pour aller vers Tanènè.

Diop Ramatoulaye