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Témoignage choc : « À cause de mon nom, j’ai fait la Maison centrale »

L’histoire est difficile à croire, mais elle est pourtant vraie. Édouard Kaly Bobane est allé en prison à Conakry uniquement à cause de son nom. Les faits ont eu lieu il y a un peu plus de dix ans, mais c’est maintenant qu’il a raconté sa mésaventure devant les médias. Une façon pour ce fonctionnaire de l’État guinéen de montrer les souffrances que rencontrent les Bassaris (une communauté vivant dans la préfecture de Koundara) dans l’établissement des pièces d’identité dans leur pays.

« À cause de mon nom, j’ai fait la Maison centrale. En 2012, quand j’ai fini l’université, je me suis dit de chercher une pièce d’identité, je suis allé le faire au commissariat central de Belle Vue. Après l’établissement de la carte, je vais pour la récupération, il y a un commissaire qui me demande : vous êtes Guinéen ? J’ai dit oui. Il me demande encore : qu’est-ce qui prouve que vous êtes Guinéen ? J’ai dit que c’est mon extrait de naissance. Je lui ai montré le petit volet de mon extrait de naissance, mais il a dit non, que je l’ai fabriqué.

Il dit à un de ses agents de m’embarquer pour la Maison centrale, que je suis Togolais. Un autre me dit : est-ce que ce ne sont pas les Burkinabés ou les Camerounais qui viennent souvent chercher des pièces d’identité ici pour aller créer des soucis à l’extérieur au nom de la Guinée ? J’ai dit non. Donc, manu militari, ils m’ont mis dans leur véhicule et m’ont déposé à la Maison centrale », a-t-il narré, ajoutant qu’il a fallu des coups de fils et plusieurs heures d’attente pour qu’il puisse recouvrer sa liberté.

« J’ai appelé mon frère, Dr Bobane, qui était à l’époque étudiant en médecine, pour lui dire que je suis à la Maison centrale. Je lui ai demandé de m’aider, s’il a des amis ou des connaissances qui pourraient me faire sortir. Il a dit : laisse-moi voir si je peux joindre le commissaire Kassé, qui a été commissaire général à Koundara. De 9 heures jusqu’à 17 heures, il cherchait à trouver le contact du commissaire Kassé. A 19 heures, j’ai dit au directeur de la Maison centrale : laissez-moi rentrer, je suis seul, personne ne viendra ici pour me faire sortir.

Il a dit : mon frère, demande à ton ambassade. J’ai dit quelle ambassade ? Je suis Guinéen, je suis Bassari, appelez au commissariat central de Koundara, ils peuvent vous montrer même ma famille et vous allez comprendre que je suis un pur Guinéen. Il répond en me disant d’envoyer une pièce justificative. Nous sommes restés là-bas jusqu’à 21 heures, je ne sais pas par quel miracle, le commissaire Kassé appelle et dit qu’il y a un jeune qui est en garde à vue à la Maison centrale, du nom de Bobane, il est Bassari, c’est une petite communauté à Koundara. Ils sont Guinéens, ils ont des noms bizarres. Donc, c’est à 22 heures que je suis sorti de la Maison centrale », a-t-il déploré.

Pour faire son passeport également, Édouard Kaly Bobane dit avoir été confronté à d’énormes difficultés. Bien qu’il était maintenant fonctionnaire de l’État, il s’est vu dans l’obligation de faire recours à un autre officier, colonel Sandé, pour avoir son document de voyage.

Ces problèmes rencontrés par les Bassaris font partie des raisons qui ont poussé des ressortissants de la préfecture de Koundara à organiser le Festival des Arts du Badiar (FESTAB). Un événement qui a été lancé l’année dernière, avec pour objectif de faire connaître les différentes communautés de cette préfecture de la Guinée et leur culture.

 

Mamadou Macka Diallo

666 660 366

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