[Tribune]: Succession de feu Salifou Kébé à la tête de la CENI : entre le Barreau et le CNOSC-G, à qui revient le dernier mot ? (par Mamadou Kouayaté)

Difficile de le prédire avec exactitude. Mais la première des choses à souligner est que le champs de confrontation pour le Barreau de Guinée va s’étendre dans les jours qui suivent sur un autre acteur. Il connaitra un adversaire de taille, non le moindre autour bien-sûr de cette question de désignation de l’un des leurs décédé du Covid-19. Ce dernier dirigeait l’institution en charge des élections en Guinée jusqu’au 18 avril dernier, date de sa mort.

Au moment où le Barreau tente de trouver un successeur du regretté Kébé, menant combat par média interposé avec le Conseil National des Organisations de la Société Civile Guinéenne (CNOSC-G), un nouvel acteur vient mettre les pieds dans la patte pour rendre la lutte plus complexe.

Il s’agit du pouvoir qui a pris position en faveur de la structure adverse en Nommant Mamadi 3 Kaba commissaire à la CENI en remplacement de feu Me Salifou Kébé. Le juriste 3 Kaba était jusque-là l’un des vice-présidents du CNOSC-G chargé des questions juridiques et électorales. Quel realpolitik du pouvoir!

Avec ce coup de forcing du Gouvernement, l’ordre national des avocats du Barreau de Guinée a aussi mis en branle ses compétences en changeant de fusil d’épaule puisque désormais, il va falloir tenir tête à autre entité, pas la moindre, plus puissante que le premier adversaire. C’est l’exécutif.

A l’allure des choses, l’ordre des avocats n’exclut pas d’attaquer le décret du Chef l’Etat, nommant Mamadi 3 Kaba Commissaire à la CENI. Une démarche qui va donner une autre tournure très dure à la bataille pour la conservation de la place de leur défunt collègue quand on sait que le pouvoir est hostile à cette structure, proche de l’opposition selon Me Mohamed Traoré, ancien bâtonnier.

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Mais le Barreau ne s’avoue pas vaincu malgré l’occupation du vide laissé par Me Salif Kébé au sein de la CENI par quelqu’un qui n’est pas le leurs. Il faut aller vaille que vaille jusqu’au bout d’où la tenue d’une réunion décisive par les hommes de la robe noire ce lundi, 18 mai 2020, pour statuer sur le bras de fer qui les oppose au CNOSCG. Au terme de la rencontre, une importante décision sera prise sauf changement de dernière minute.

Le CNOSC-G lui, a déjà réussi son premier coup dans cette lutte. L’un de ses représentants est déjà nommé en remplacement du défunt Me Salif Kébé avec l’appui du pouvoir en place.

Le scénario ressemble à un truc de deux contre un. L’ordre des Avocats crie déjà à l’injustice. Il se dit lésé dans ses droits par les autorités. Bref chacune des deux structures réclame la paternité de la place de Me Salif Kébé. Aucune d’elles ne compte non plus se laisser faire. Ce qui signifie que ce conflit à caractère structurel est loin de connaître son épilogue. Le Barreau qui se victimise pourrait déclencher de nouvelles actions. Mais, avant qu’il ne réussisse à faire valoir ses droits, le nouveau promu va continuer à siéger à la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI). Le vrai problème du combat n’est pas lié au fond car la compétence intellectuelle de Mamadi 3 Kaba ne fait l’objet d’aucun doute. La pomme de discorde réside plutôt dans la procédure et la forme de sa désignation. D’abord à l’interne de la structure faîtière du nouveau commissaire aux yeux de certains observateurs avertis, et ensuite entre les deux structures protagonistes.

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Nonobstant tout ce qui se passe comme polémique, un autre juriste suit cette actualité à distance. Il s’agit Mohamed Camara, Professeur de Droit loin de la Guinée pour des raisons “studieuses.” Malgré la divergence de ses idées avec le remplaçant du défunt Me Kébé, il l’a quand même félicité pour sa nomination comme Commissaire. Il l’a fait via sa page Facebook. En même temps il lui a prodigué des conseils.

Se limitant aux faits et aux principes, l’équation paraît être simple. Un exemple terre à terre: Quand un commissaire à la CENI, issu d’un parti politique (de la mouvance ou de l’opposition), est frappé d’un empêchement, la logique voudrait que ce parti le fasse remplacer. Vice-versa pour la société civile qui est constituée, à ce jour, de plusieurs plates-formes. Sauf que cette dernière est minée par des guéguerres de leadership interminables. Alors faut-il appliquer la loi ou privilégier le consensus ?