Un proche du Premier ministre demande la libération des membres du FNDC (Interview)

L’actualité sociopolitique en Guinée, dominée par le débat sur l’éventualité d’un changement constitutionnel, de multiples arrestations et des morts dans des manifestations, ne laisse pas indifférent Abdourahmane Macky Bah, analyste politique, ancien membre du bureau politique du GPT de Kassory Fofana et membre du bureau politique du RPG Arc-en-ciel.

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Guinee114.com : quel est votre regard sur l’actualité sociopolitique de la Guinée ?

En tant que simple citoyen, je suis navré de ce qui se passe. Je pense que la Guinée ne mérite pas ça. Je pense qu’on aurait dû privilégier le dialogue et la concertation dans ce pays pour trouver des solutions qui aillent dans le bon sens pour permettre à la Guinée de continuer son développement parce qu’il y a un élan de développement qui a été mis en place avec le président Alpha Condé.

Mais malheureusement, les politiques aujourd’hui, on ne comprend pas cette politique de contestation à chaque fois qu’il y a des réformes qu’on veut entamer au bénéfice du pays. Ce qui m’amène par ricochet à parler de cette nouvelle constitution parce que c’est elle qui pose le débat aujourd’hui auquel on est tous confronté, et qui est la cause de ce bras de fer entre la mouvance et l’opposition.

A mon sens, il faudrait que les guinéens comprennent qu’un pays doit être réformé à chaque fois, à partir du moment où ça contribue à son développement socioéconomique et au progrès social. Moi personnellement, je souhaite à ce qu’il y ait une nouvelle constitution dans ce pays. Pour la bonne et simple raison que l’actuelle constitution, certes, elle nous a permis de revenir à “un ordre constitutionnel” suite à la prise du pouvoir par les militaires en 2008, mais il faudrait quand même que les gens comprennent que cette constitution actuelle,  elle révèle un caractère transitoire, dans la mesure où c’est un conseil national de transition qui l’a élaborée, sans une consultation populaire.

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Quand on regarde bien cette constitution, il est évident qu’elle est un peu obsolète parce que beaucoup de dispositions n’y figurent pas. Donc on ne peut pas la maintenir à l’état actuel. Or il avait été dit par rapport aux forces vives, réunion à laquelle j’avais participé, où il y avait tous les partis politiques à l’époque sous la présidence de feu Jean Marie Doré, qu’à partir du moment où il y a une constitution qui a été élaborée par un organe de transition, tout président qui sera élu, aura toute la latitude de proposer une nouvelle constitution et de la soumettre au peuple de Guinée.

Mais à ma grande surprise, dès l’instant où le président de la République aujourd’hui parle d’une nouvelle constitution, on parle tout de suite d’un troisième mandat.

Justement à ce niveau, selon les défenseurs de l’actuelle constitution, c’est le timing qui fait défaut. Qu’en dites-vous ? 

Le problème du timing, la faute revient au CNT parce que le CNT aurait dû, dans l’élaboration de cette constitution actuelle, sachant qu’elle est transitoire, dire que tout président qui sera élu a un ou six mois pour proposer une nouvelle constitution. Donc il y  a un vide juridique quelque part. Mais puisque ça n’a pas été fait, peut être que le président aussi c’est maintenant qu’il a pensé à proposer une nouvelle constitution. Mais les opposants, c’est vrai qu’ils aspirent à gouverner ce pays, mais de là à penser que c’est une ruse pour le président pour un troisième mandat, je pense qu’il y a là de l’amalgame. Il n’a été nulle part indiqué par le président de la République, ni dans un discours, ni dans un écrit, qu’il veut proposer une nouvelle constitution pour s’octroyer un troisième mandat. Je pense qu’il faut éviter de rentrer dans un faux débat.

On a un problème auquel nous faisons face aujourd’hui, c’est une nouvelle constitution, car chaque pays a le droit de revoir, de réformer ou de changer sa constitution. Car une génération ne peut pas assujettir à ses lois les générations futures, parce que les réalités d’aujourd’hui peuvent ne pas être celles de 2030.  Avant de s’opposer à l’idée de la nouvelle constitution, qu’on attende que le projet voit jour, et  que chacun soit informé de ce qu’elle contient avant de vouloir l’adopter ou non. Mais on est en train de rejeter déjà quelque chose qu’on n’a même pas vu. Donc je me demande peut être qu’il y a des opposants qui sont dans les confidences de cette nouvelle constitution, qui ferait peut être en sorte qu’ils soient exclus de la compétition. Donc moi je pense aujourd’hui que les guinéens doivent privilégier le dialogue. Il ne faut pas qu’avec le projet de cette nouvelle constitution, que nous déchirions davantage le tissu social.

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Pourquoi êtes-vous favorable à une nouvelle constitution en Guinée, qu reprochez-vous à l’actuelle constitution en vigueur ? 

Si on me demanderait de faire partie de l’équipe de rédaction de cette nouvelle constitution, je prendrai des dispositions telles que la réduction des partis politiques en Guinée. Nous avons assez de partis politiques qui, malheureusement, sont tous marqués de régionalisme, voire d’ethnocentrisme. Et c’est ce qui pose débat aujourd’hui. Ça pourrait nous permettre de préserver cette paix que nous voulons tous. Parce que tous ces partis concourent à faire la promotion de la région ou de l’ethnie et dans un pays qui comptent beaucoup d’ethnies, ça c’est une bombe à retardement.

Vous prônez le dialogue alors qu’il y a beaucoup de leaders d’opinion qui sont jugés et condamnés à travers le pays, qu’en dites-vous ? 

C’est déplorable. Là aussi, autant je suis de la mouvance présidentielle, autant je ne suis pas content de la manière dont ces personnes ont été arrêtées. C’est vrai que la manifestation a été interdite. J’ai cru comprendre, ces personnes ont été arrêtées sur la base de leur intention de manifester. Donc tout ce que je demande à notre justice, c’est de ne pas donner assez d’importance à ces personnes qui veulent absolument contrevenir à la loi. Je demande la clémence de la justice, qu’on libère immédiatement et sans condition, tous les détenus relevant du FNDC.

Ce sont des guinéens, ils ont voulu exprimer leurs idées,  certes les méthodes qu’ils ont voulues utiliser ne sont pas reluisantes, mais je demande qu’on les libère au nom de la paix et de la tranquillité. Pour ne pas qu’on dise que la justice est une justice orientée, alors qu’aujourd’hui on sait que la justice est indépendante dans notre pays.

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 Un mot pour finir

 Il faut que nous acceptions de nous parler. C’est à dire que ce n’est pas parce que d’autres dialogues ont échoué qu’il ne faut pas revenir à la table de négociation. On peut négocier sans avoir des accords. La violence n’a jamais résolu les problèmes. Il faut le dialogue et la concertation. C’est vrai qu’il y a eu beaucoup d’accords qui n’ont pas été respectés dans ce pays,  il faut le reconnaître, mais ce n’est pas une raison pour toujours occuper la rue. Il faut accepter qu’il y ait des réformes dans le pays, pour que le pays puisse avancer, pour qu’il y ait un renouveau démocratique. Nous œuvrons tous pour la même chose, c’est le développement économique et le progrès social. Certes nous avons des méthodes différentes pour arriver à notre but.  Mais il ne faudrait pas que la politique nous divise. Il ne faut pas accepter  que les liens séculaires qui existent entre nous depuis des années soient compromis.

Entretien réalisé par Diop Ramatoulaye