41 000 filles menacées à l’école : qu’en est-il du pacte international relatif aux droits civils et politiques de l’ONU ?

Les décisions admiratives doivent nécessairement harmoniser le principe de la laïcité en l’adaptant à nos valeurs, à nos mœurs, aux différentes conventions ratifiées par le pays et à notre constitution voire la charte de la transition. En clair, la décision d’interdire le voile ou le voile intégrale souffre du mimétisme dans l’élaboration, afin d’être dans l’esprit du CNRD qui veut qu’on ait des lois qui nous ressemblent et qui nous rassemblent, chose qui est prônée par le Président du CNT. La liberté d’appartenir à une religion quelconque est prévue et garantie par les conventions internationales que la Guinée a ratifiées, dont le Pacte international relatif aux droits civils et politiques de l’ONU, stipulant dans son article 18 que :
1. Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté d’avoir ou d’adopter une religion ou une conviction de son choix, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction, individuellement ou en commun, tant en public qu’en privé, par le culte et l’accomplissement des rites, les pratiques et l’enseignement. 
2. Nul ne subira de contrainte pouvant porter atteinte à sa liberté d’avoir ou d’adopter une religion ou une conviction de son choix. 3. La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet que des seules restrictions prévues par la loi et qui sont nécessaires à la protection de la sécurité, de l’ordre et de la santé publique, ou de la morale ou des libertés et droits fondamentaux d’autrui.
 4. Les Etats parties au présent Pacte s’engagent à respecter la liberté des parents et, le cas échéant, des tuteurs légaux de faire assurer l’éducation religieuse et morale de leurs enfants conformément à leurs propres convictions. 
 Comment et quand l’Etat peut toucher à l’un de quatre droits fondamentaux ?
 Les quatre libertés fondamentales : « la liberté d’expression, la liberté de religion, la liberté de vivre à l’abri du besoin et la liberté de vivre à l’abri de la peur » En effet, dans une société démocratique, pour qu’on touche à des libertés comme la liberté religieuse, il faut qu’il y ait de la nécessité qui touche à la sécurité, à l’ordre public, à la moralité et au droit et liberté d’autrui. Car, la religion fait partie des droits les plus protégés et sacrés comme mentionné précédemment. En plus, c’est la même chose que la laïcité de l’école.
 Autrement dit : la laïcité c’est la liberté de croire, de ne pas croire, de ne plus croire et de changer de religion. Subséquemment, la question du voile n’est pas une question qui menace l’enseignement, notre système éducatif a de sérieux problèmes qui devraient être nos préoccupations. Par ailleurs, la mesure de l’interdiction du voile que ça soit intégral ou non est la violation d’une prescription divine de l’Islam, pire, ça va également contre le principe de la laïcité qui garantit le libre exercice des cultes et la liberté de religion.
En clair, personne ne doit être opprimé à propos de son droit au dogmes ou aux prescriptions religieuses dans un Etat de droit conformément au pacte international relatif aux droits civils et politiques, à la Charte de l’Union Africaine et la Charte de la transition. Par la suite, la laïcité de l’État ne signifie que la neutralité de celui-ci vis-à-vis des religions, toutes les religions sont libres de jouir du droit d’exercer leur foi et de pratiquer, lequel droit est protégé et garanti par l’Etat lui-même. Il n’y a ni religion supérieure ni religion inférieure.
 Tout le monde a le droit de libre exercice de sa foi. Par exemple, la laïcité n’a pas le même sens en France qu’au Royaume-Uni dont le Roi est le Chef des Églises, en Allemagne et aux États-Unis. Autrement dit, chaque laïcité tient compte de l’histoire du peuple et de ses réalités. La laïcité à la française est issue de l’histoire religieuse et sociétale qui a donné naissance à la loi du 9 décembre 1905, qui consacre la séparation des Églises et de l’État, je cite : (La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte.
En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimés des budgets de l’Etat, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l’exercice des cultes …) il résulte que cette loi est le fruit d’une lutte contre les républicains et les monarchistes. Il ressort que l’État reconnaît toutes les confessions religieuses et qu’il a l’obligation de respecter toutes les religions, et l’Etat n’a pas de religion officielle. En conclusion, un arrêté ou une décision d’un département ministériel ne peut pas abroger un droit universel et constitutionnel au nom de l’école ou de la laïcité. J’ose croire qu’on veut une école où tout le monde se reconnaît, et que, cette école serve les uns et les autres en leur procurant un meilleur milieu d’apprentissage et d’acception dans le paradigme de la tolérance, de la constance et du brassage culturel au service de la coexistence et de la cohésion nationale.
 Nous reformulons nos vœux les plus précieux pour que Dieu accompagne les autorités de la transition dans l’accomplissement de cette noble mission pendant cette période cruciale pour notre pays.
 Par Ibrahim MANSARE, Ph.D.  Porte Parole de l’Union des Écoles Franco-Arabes de Guinée

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