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Manifestations étouffées, quelle alternative pour les Forces Vives ?

Les manifestations de rue. C’était le dernier recours des Forces Vives de Guinée pour contraindre les autorités de la transition à satisfaire leurs revendications. Mais ce moyen de pression semble avoir pris de l’eau. En tout cas, les appels à manifester ne sont plus suivis d’effets sur le terrain.

Après les émeutes enregistrées les 10 et 11 mai 2023, à Conakry, les Forces Vives de Guinée avaient appelé à de nouvelles manifestations les 17 et 18 mai dans la capitale guinéenne et ses environs. Mais cet autre appel n’est pas tombé dans des oreilles attentives. Même si les activités avaient été paralysées le long de la route le Prince, aucune manifestation n’a eu lieu le 17 mai. Finalement, les FVG ont annulé la manifestation qui était prévue le lendemain, mettant en avant la fête de l’Assomption pour justifier cette décision.

Les acteurs politiques et de la société civile membres de cette entité espéraient rebondir cette semaine, avec les nouvelles manifestations prévues ce mercredi et demain, jeudi 25 mai. Mais cette fois encore, c’est l’échec total. Aujourd’hui, les activités tournent quasi normalement même sur la route le prince, où aucun mouvement de protestation n’est encore signalé. Ce qui n’augure pas une suite favorable au combat engagé par les Forces Vives de Guinée contre la façon dont la transition est en train d’être menée.

Comment en est-on arrivé là ?

Les violentes manifestations des 10 et 11 mai présageaient un bras très tendu entre les autorités de la transition et les acteurs regroupés au sein du groupe dénommé « Forces Vives Guinée ». Mais deux semaines plus tard, c’est tout le contraire que l’on constate sur le terrain. Cette situation s’explique d’abord par la décision du gouvernement de réquisitionner l’armée pour appuyer les policiers et gendarmes à étouffer toute tentative de manifestation.

Depuis la semaine dernière, la route le Prince (l’épicentre des manifestations) est fortement militarisée : des agents des forces de défense et de sécurité sont déployés au niveau de tous les carrefours pour empêcher tout regroupement. En plus de cette décision, le ministre de l’Administration du territoire et de la décentralisation a menacé récemment de retirer les agréments des partis politiques membres des FVG (dont l’UFDG, l’UFR et le RPG Arc-en-ciel) si de nouvelles violences sont enregistrées à Conakry.

Mory Condé a tenu cette déclaration devant les diplomates accrédités en Guinée, comme pour montrer la détermination des autorités à passer par tous les moyens pour tuer toute contestation dans le pays. Et même si on n’en parle pas beaucoup, cette menace semble aussi avoir produits des effets. Depuis, Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré (deux opposants en exil), qui ont l’habitude de s’exprimer à travers les réseaux sociaux, n’ont plus lancé de messages appelant à la mobilisation. Sont-ils effrayés par la sortie du ministre ? Rien n’est moins sûr.

Que reste-t-il à faire aux Forces Vives ?

On ne peut pas dire que la décision des Forces Vives de Guinée n’a rien donné, puisque les leaders du FNDC qui étaient détenus ont été libérés et le contrôle judiciaire qui était imposé à plusieurs leaders politiques a été levé. Mais il reste encore plusieurs revendications non satisfaites, dont « l’abandon des poursuites et harcèlements judiciaires fantaisistes contre les leaders politiques et les acteurs de la société civile » et « l’acceptation du principe d’un dialogue présidé par la CEDEAO, en présence du G5 », entre autres.

Malheureusement pour les acteurs membres des Forces Vives, il n’y a pas beaucoup de possibilités qui s’offrent à eux pour espérer obtenir gain de cause. Alors que le gouvernement a vraisemblablement trouvé une solution efficace pour empêcher les manifestations de rue, qui étaient leur véritable arme à l’interne, les choses ne plaident pas en leur faveur à l’extérieur aussi. La CEDEAO, l’institution sur laquelle ils comptaient pour mettre la pression sur le pouvoir de Conakry, semble désormais fermer les yeux sur la situation en Guinée.

Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré et compagnie devront donc réfléchir encore pour chercher une stratégie leur permettant de se faire entendre.

Guinee114

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